État des lieux en colocation : bail unique, solidarité et entrées-sorties décalées

La colocation complique l'état des lieux : un seul document ou un par chambre ? Qui paie une dégradation dans les parties communes ? Que se passe-t-il quand un colocataire part sans les autres ? Tout dépend d'un choix fait à la signature — bail unique ou baux multiples — et de la clause de solidarité.

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Dernière mise à jour : juillet 2026

Un EDL collectif ou un EDL par chambre : le bail décide

La colocation est définie par l'article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989 comme la location d'un même logement par plusieurs locataires. Deux montages existent, et ils commandent la forme de l'état des lieux :

Bail unique vs baux multiples : conséquences sur l'état des lieux
Bail uniqueBaux multiples (un par colocataire)
État des lieuxUn seul EDL pour tout le logement, signé par tousUn EDL par chambre + un EDL des parties communes
Dépôt de garantieUn seul dépôt pour le logementUn dépôt par colocataire, sur sa chambre
Clause de solidaritéFréquente : chacun répond du toutImpossible : chacun n'engage que sa chambre
Usage typiqueAmis qui choisissent de colouer ensembleMeublé « par la chambre », colocation gérée par un bailleur

En bail unique, l'état des lieux est collectif : il décrit le logement entier et se signe par tous les colocataires présents. En baux multiples, chaque colocataire signe l'état des lieux de sa chambre (partie privative), et les parties communes font l'objet d'un état des lieux distinct rattaché à chacun. Le choix n'est pas neutre : il détermine qui répond de quoi à la sortie.

La clause de solidarité, et pourquoi elle change tout à la sortie

Dans un bail unique, le bailleur insère presque toujours une clause de solidarité. Elle rend chaque colocataire responsable de la totalité du loyer et des dégradations, pas seulement de « sa part ». Si un colocataire part sans payer, ou casse quelque chose, le bailleur peut se retourner contre n'importe lequel des autres pour le tout.

La loi ALUR a borné cette solidarité dans le temps. Quand un colocataire donne congé, sa solidarité (et celle de sa caution) prend fin dans deux cas : dès qu'un remplaçant est inscrit au bail, ou à défaut six mois après la date d'effet de son congé (article 8-1, VI). Sans remplaçant, un colocataire parti reste donc engagé six mois — d'où l'intérêt de documenter précisément l'état du logement à son départ.

Quand un seul colocataire part : l'EDL intermédiaire

C'est la situation la plus mal gérée. En bail unique, aucun texte n'impose d'état des lieux quand un colocataire s'en va et que les autres restent : le bail continue, le logement n'est pas restitué. Mais ne rien faire est une faute stratégique pour celui qui part.

Pourquoi ? Parce que sans point de repère à son départ, il reste solidairement responsable de dégradations qui pourraient survenir après lui, pendant les six mois de solidarité résiduelle. La parade : établir un état des lieux intermédiaire (parfois appelé constat de départ), signé par le colocataire sortant, les colocataires restants et le bailleur. Il fige l'état du logement le jour du départ et sert de preuve si un litige naît ensuite.

Côté formalités, l'arrivée d'un remplaçant ou le simple départ se matérialise par un avenant au bail qui met à jour la liste des colocataires. Et la restitution de la quote-part de dépôt de garantie du partant se règle en général entre colocataires : le bailleur, lui, ne rend le dépôt qu'à la fin du bail, dans son ensemble. En pratique, le colocataire entrant « rachète » la part du sortant. À documenter par écrit pour éviter le litige entre colocataires.

Colocation meublée : combiner état des lieux et inventaire

Beaucoup de colocations sont meublées. Il faut alors superposer deux logiques : l'état des lieux (l'état du bâti) et l'inventaire du mobilier obligatoire pour tout meublé. En colocation, l'inventaire distingue :

  • le mobilier des parties privatives : le lit, l'armoire, le bureau de chaque chambre, rattachés au colocataire qui l'occupe ;
  • le mobilier des parties communes : électroménager de la cuisine, canapé, table du salon, dont la responsabilité se partage.

Cette distinction devient décisive à la sortie : un four cassé dans la cuisine commune ne se traite pas comme un matelas abîmé dans une chambre. Les règles complètes du meublé (les 11 équipements du décret n° 2015-981, la valeur d'inventaire, l'abattement de vétusté sur le mobilier) sont détaillées sur notre page état des lieux meublé.

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Questions fréquentes

Faut-il un état des lieux quand un seul colocataire part ?

La loi ne l'impose pas en bail unique, puisque le logement n'est pas restitué. Mais un état des lieux intermédiaire signé de tous protège le colocataire sortant : il fige l'état du logement à son départ et le met à l'abri des dégradations survenues après lui pendant les six mois de solidarité résiduelle.

Comment récupérer sa part de caution en partant d'une colocation ?

Le bailleur ne restitue le dépôt de garantie qu'à la fin du bail, en une fois. En cours de bail, la quote-part du colocataire qui part est généralement remboursée par le colocataire entrant, qui « rachète » sa place. Cet arrangement se fait entre colocataires : mettez-le par écrit, avec l'état des lieux intermédiaire comme base.

Un colocataire est-il responsable des dégradations des autres ?

Oui, si le bail comporte une clause de solidarité (fréquente en bail unique) : chacun répond du tout, y compris des dégradations causées par un autre. En baux multiples, au contraire, chaque colocataire ne répond que de sa chambre et de sa quote-part des parties communes.

Comment remplacer un colocataire qui part ?

Par un avenant au bail qui met à jour la liste des colocataires et, le cas échéant, l'acte de cautionnement. L'inscription du remplaçant met fin à la solidarité du sortant. Un état des lieux intermédiaire à cette occasion sécurise l'entrée du nouveau et la sortie de l'ancien.

Caution solidaire : jusqu'à quand la personne qui se porte garant est-elle engagée ?

La caution d'un colocataire est libérée en même temps que la solidarité de celui-ci : dès qu'un remplaçant est inscrit au bail, ou à défaut six mois après la date d'effet du congé du colocataire garanti (article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989).

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